Décoloniser l’éducation relative à l’environnement

On retrouve dans plusieurs cultures autochtones, une forte connexion à la terre. En tant qu’éducateurs-naturalistes nous avons la responsabilité de soutenir les causes autochtones. De plus, le fait de se pencher sur les enjeux du colonialisme et sur l’inégalité accroit la portée de notre travail. Cela permet aux participants de mieux comprendre la complexité de l’écologie et de l’histoire des humains et de l’environnement qui les entoure. À leur tour, ils sont inspirés à prendre ces enjeux en considération dans leur vie.

Kawisente enseigne à nos jeunes la signification du Kaswentha (traité wampum à deux rangs) lors de notre camp d’été.
Ce traité promouvoit le respect et le dialogue entre nations.

L’éducation expérientielle et l’éducation relative à l’environnement sont reconnues pour faire de l’appropriation culturelle et propager le racisme envers les populations autochtones. Pensez à tous les camps d’été qui portent un nom autochtone, qui tiennent encore des activités à thématiques autochtones et qui s’approprient encore aujourd’hui des éléments de ces cultures. À ce jour, les communautés autochtones sont systématiquement opprimées. En effet, plusieurs n’ont pas d’accès à l’eau potable, doivent combattre les stéréotypes et le racisme alors que leurs terres se font maltraiter ou voler. Ces comportements perpétuent le génocide et le racisme. En tant qu’éducateurs-naturalistes, il est de notre devoir de faire mieux.

En effet, nous avons le choix entre perpétuer l’attitude et les comportements colonialistes ou nous rallier à la bannière de la libération et de l’empowerment autochtone. Puisque le contact avec la nature crée de l’empathie pour l’environnement et tous les êtres qui en font partie, ce travail soulève des questions sur les bonnes relations à entretenir avec la terre. Comment puis-je aider l’environnement, les plantes et les animaux qui l’habitent? Comment cette terre a-t-elle été traitée par le passé et comment puis-je honorer ceux qui l’habitaient avant l’arrivée des premiers colonisateurs?

Notre travail est influencé par les pratiques du Coyote Mentoring et du 8 Shields model. Ce mouvement de connexion avec la nature prend racine dans les enseignements des chefs autochtones de l’Amérique du Nord et du reste du monde. Il étudie les schémas de comportements retrouvés partout dans le monde afin qu’ils soient utilisés pour encourager les Occidentaux à vivre de façon plus consciente et harmonieuse dans leur environnement. Cette approche vise à transcender les enseignements, les pratiques et le contexte culturel spécifique en vue de transmettre les leçons essentielles sous-jacentes.

Par exemple : exprimer de la gratitude envers notre environnement. Le peuple Kanien’kéhaka pratique la gratitude et ils s’y adonnent au début de chaque rassemblement. C’est une pratique qui unit les esprits et qui nous ramène à nos racines. Lors de nos programmes, nous ne faisons pas de cérémonie de gratitude Kanien’kéhaka traditionnelle, à moins que le programme ne soit guidé par une personne de cette communauté. Nous ne copions pas non plus les rites et coutumes de gratitude des peuples autochtones d’Europe et d’ailleurs. Nous intégrons plutôt des moments réguliers où nous exprimons notre gratitude à notre façon. Nous faisons un cercle de partage où chacun remercie quelque chose envers quoi il est sincèrement reconnaissant.

Nos activités habituelles en nature comprennent : le pistage, les compétences de survie, les histoires, l’ouverture des sens, les rites de passage, l’écoute profonde, le mimétisme des animaux, le mentorat et l’exploration par les questions. Toutes ces routines sont ancrées dans les traditions ancestrales et permettent à l’être humain de grandir de façon saine.

Les communautés autochtones d’ici et d’ailleurs ont été persécutées pour leurs interactions avec la terre. Nous voilà pourtant en train d’apprendre de leurs traditions alors que nous essayons de raviver la flamme de notre relation ancestrale avec la terre. Dans de telles conditions, l’appropriation culturelle représente donc un risque énorme.

Il faut célébrer l’existence de ces communautés disparues et raconter leur histoire. Pour les communautés autochtones qui sont toujours présentes (et menacées), nous devons lutter pour leur libération et leur empowerment. Il faut abolir les systèmes d’oppression contre lesquels ils combattent.

Quelques exemples d’applications dans nos programmes:

-Apprendre les noms autochtones des lieux et des personnes que nous côtoyons

-En apprendre davantage sur leur réalité, leurs luttes passées et présentes.

-Offrir une place aux enseignants autochtones pour qu’ils transmettent leur culture et leur histoire pendant nos programmes.

-Inviter les participants à en apprendre sur l’héritage culturel qui les lient à la terre.

-Reconnaître le génie humain des aptitudes de survie traditionnelles que nous perpétuons

-Applaudir les enseignants qui perpétuent ces traditions.

– Reconnaître les autochtones qui habitent le territoire sur lequel nous sommes.

-Créer des occasions de nous éduquer, de comprendre et de tisser des liens avec ces cultures.

-Dénoncer les comportements inappropriés et démystifier les stéréotypes associés aux communautés autochtones

-Apprendre l’histoire de la terre que nous foulons, par une perspective écologique et humaine.

Voici une métaphore que nous employons parfois :
Imaginez un bloc-appartements où se trouve votre famille, vos proches et vos amis. Imaginez ensuite des gens venus de très loin qui arrivent, expulsent la plupart d’entre vous et vident les chambres pour y emménager. Ils s’installent, ne parlent même pas votre langue et mangent votre nourriture. Comment vous sentez vous?

Sans être dogmatique ou condescendant, nous souhaitons que notre discours soit approprié et pertinent pour tous les âges sans avoir à amoindrir sa sombre réalité. Ça peut être très beau et inspirant de nous ancrer face aux défis que nous offrent ce monde en crise en nous regardant en face ces enjeux essentiels. Les communautés autochtones sont fortes et résilientes. Ils cherchent à se réapproprier leur culture, leur langue et leur souveraineté. Ils ont beaucoup à nous apprendre.

Nous ne prétendons pas détenir toutes les réponses. Toutefois, nous faisons de notre mieux pour soulever des questions et dénoncer les préjugés. Nous avons beaucoup à apprendre et nous ferons de notre mieux. Nous sommes toujours prêts à améliorer notre relation à la terre et à ses habitants. Nous savons que la connexion avec la nature peut créer des humains incroyables, connectés à eux-mêmes, à la communauté et à la terre. Notre travail prépare nos participants à devenir des leaders forts et conscients, qui collaborent au sein de leur communauté en vue d’un monde meilleur.

Pour plus d’information :

https://www.segalcentre.org/common/sitemedia/201819_Shows/FR_AllyToolkit.pdf (Trousse d’outils pour les allié(e)s aux luttes autochtones)

http://www.cdpdj.qc.ca/Publications/Mythes-Realites.pdf (Mythes et réalités sur les peuples autochtones)